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Traumatismes liés au stress opérationnel

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Les chercheurs enregistrent un taux sensiblement plus élevé de troubles mentaux chez les premiers intervenants. Les résultats semblent indiquer que les paramédics, les membres de la GRC et les travailleurs des services correctionnels sont les plus touchés. (Elizabeth McMillan, CBC)

 

Les résultats du premier sondage national réalisé au Canada concernant les traumatismes liés au stress opérationnel chez les premiers intervenants comme les policiers, les paramédics, les pompiers et les téléphonistes du centre d’appels 911 révèlent qu’ils sont beaucoup plus à risque de souffrir d’une maladie mentale que la population en général.

Le sondage a été mené en ligne de septembre 2016 à janvier 2017 par un groupe de spécialistes en maladie mentale de partout au pays. Les résultats sont publiés dans le pendant le Canadian Journal of Psychiatry(Revue canadienne de psychiatrie).

Parmi les 5 813 participants, 44,5 % « ont obtenu un résultat positif à divers groupes de symptômes de portée clinique significative liés à une ou plusieurs maladies mentales. »

Statistique Canada souligne que le taux dans la population en général est de 10 %.

« Le taux est plus élevé, ce qui est surprenant », a mentionné le professeur de psychologie Nick Carleton de l’Université de Regina, qui dirigeait l’équipe de chercheurs.

 

L’équipe de chercheurs a aussi constaté que les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’obtenir un résultat positif à un test de dépistage d’une maladie mentale, surtout chez les pompiers.

« Cela peut être attribuable au fait que les femmes vivent ce type de carrière différemment des hommes; cela peut aussi dépendre du fait que les femmes ont plus tendance à le signaler que les hommes. Il peut aussi s’agir d’une autre variable que nous n’avons pas ciblée à ce stade-ci qui cause ou explique certaines différences entre les hommes et les femmes » a affirmé Nick Carleton sur les ondes de CBC News.

Les symptômes augmentent avec le temps

Il semble que les symptômes de traumatismes liés au stress opérationnel augmentent avec le nombre d’années de service et une plus grande exposition à des événements traumatisants.

Les répondants qui ont mentionné qu’ils sont célibataires étaient beaucoup plus susceptibles de signaler des symptômes que ceux qui vivent avec une tendre moitié, même s’ils exercent des emplois exigeants où ils travaillent souvent par postes : « les taux de divorce chez les agents correctionnels, les policiers et les pompiers sont comparables ou inférieurs à ceux du grand public. »

Le sondage révèle également une différence inexpliquée selon les régions. Les répondants de l’est du Canada étaient moins susceptibles de signaler des troubles de santé mentale que ceux de l’ouest de l’Ontario.

On a enregistré des symptômes liés à un trouble de stress post-traumatique, à la dépression, ainsi qu’à l’anxiété sociale, la panique et la consommation d’alcool chez les premiers répondants.

L’équipe a aussi enregistré des variations importantes des statistiques concernant les résultats des tests de dépistage de différents troubles, selon les professions.

« Dans l’ensemble, il semble que les taux de dépistage sont plus élevés chez nos membres de la GRC, nos travailleurs des services correctionnels et nos paramédics que chez nos policiers provinciaux et municipaux et nos pompiers et répartiteurs », a mentionné Nick Carleton.

L’étude révèle que les paramédics ont mentionné qu’ils connaissent des taux très élevés d’exposition à la souffrance humaine, dont ils se sentent souvent responsables.

Différences chez les agents de police

Dans les services de police, l’équipe responsable de la recherche a même trouvé des variations chez les agents de police, selon l’endroit où ils travaillent et leur employeur.

« Il est possible que les policiers municipaux ou provinciaux aient davantage accès à de l’aide structurelle et sociale en raison de déploiements constants dans des zones urbaines », révèle le rapport.

« Pour leur part, les membres de la GRC sont fréquemment mutés, souvent dans des zones rurales, et ont moins accès à ce type de soutien. Les policiers municipaux sont plus souvent déployés par paires, tandis que les membres de la GRC sont plus souvent déployés seuls. »

 

Tom Stamatakis, président de l’Association canadienne des policiers, a mentionné que la recherche corrobore ce qu’il soupçonnait depuis longtemps.

« Selon moi, nous avons remarqué, ces dernières années, un nombre accru de suicides et un nombre accru d’agents de police qui ne peuvent travailler en raison de troubles mentaux », a-t-il mentionné sur les ondes de CBC News.

Désormais, a souligné Tom Stamatakis, il faudra s’assurer que tous les premiers répondants ont accès au soutien approprié, peu importe où ils vivent.

L’étude fait suite à un rapport publié par le comité de la Chambre des communes sur la sécurité publique et la sécurité nationale, qui soulignait le manque de données sur les premiers répondants canadiens et recommandait la tenue d’un sondage national.

 

Le ministre fédéral de la Sécurité publique Ralph Goodale, dont le ministère comprend les travailleurs correctionnels fédéraux et la GRC, est l’un des nombreux fonctionnaires qui ont incité les employés à participer au sondage en expédiant un message vidéo au personnel.

Selon les chercheurs, il semble que les traumatismes liés au stress opérationnel augmentent avec le nombre d’années de service et une plus grande exposition à des événements traumatisants. (Simon-Marc Charron, Radio-Canada)

Dans sa lettre de mandat, le premier ministre Justin Trudeau a demandé à Ralph Goodale d’élaborer un plan d’action national afin de contrer le trouble de stress post-traumatique chez les travailleurs de la sécurité publique.

  1. Carleton reconnaît ouvertement les limites de l’étude, étant donné que les répondants ont choisi de participer, et même lorsqu’on leur garantit l’anonymat, les gens sont réticents à signaler les symptômes cliniques. Il mentionne de plus qu’un sondage en ligne ne peut jamais être aussi exact qu’une entrevue diagnostique individuelle.

Quant à l’idée que l’on se fait que les personnes qui ont le plus de symptômes seront les plus portées à participer à l’étude, M. Carleton mentionne qu’il est fort probable que ceux qui sont le plus gravement touchés ne participeront pas du tout au sondage.

Pour l’instant, il s’agit du premier instantané national sur la santé mentale des premiers répondants du pays.

« Je n’ai certainement pas vu de données semblables à celles-ci au Canada et je n’ai pas réussi à repérer des données de cette taille, de cette échelle et de cette portée ailleurs dans le monde », a-t-il affirmé.

  1. Carleton a mentionné qu’il espère qu’à l’avenir les données permettront d’améliorer les outils de diagnostic, d’éliminer la stigmatisation et, finalement, d’offrir un meilleur soutien en matière de santé mentale à ceux qui sont chargés de protéger les Canadiens. (Elizabeth McMillan, CBC)